Durée du mandat CSE et renouvellement : ce que la loi du 24 octobre 2025 a changé

26 août 2026

Durée du mandat CSE et renouvellement : ce que la loi du 24 octobre 2025 a changé

Depuis les ordonnances Macron de 2017, une règle s'imposait aux élus CSE dans les entreprises d'au moins 50 salariés : trois mandats successifs maximum. Passé ce seuil, l'élu ne pouvait plus se représenter — quelle que soit sa valeur ajoutée pour les salariés, quelle que soit sa connaissance de l'entreprise.

La loi du 24 octobre 2025 l'a purement et simplement supprimée. À compter des élections organisées en 2026, les élus expérimentés peuvent se représenter indéfiniment. eklesio

C'est une réforme discrète dans sa forme — une modification de l'article L.2314-33 du Code du travail — mais lourde de conséquences pour les entreprises, les syndicats et les salariés.

François Deplanque, Docteur en droit, Professeur de Droit du Travail au CNAM, fondateur d'ANEGADA Formation CSE, fait le point sur tout ce que les élus doivent savoir.

La durée du mandat — 4 ans, sauf accord

La durée d'un mandat reste fixée à quatre ans, et cette suppression de la limitation s'applique à l'ensemble des entreprises, indépendamment de leur effectif ou secteur d'activité. Alma Consultant

Ce chiffre de quatre ans est la règle légale — mais elle n'est pas absolue. La réduction de la durée du mandat CSE est possible, mais elle est strictement encadrée par la loi. L'entreprise peut adapter la durée du mandat en fonction de son organisation, à condition de respecter ce cadre légal. Joriana

Concrètement, un accord collectif peut réduire la durée du mandat à deux ou trois ans. La réduction de la durée du mandat nécessite la signature des organisations syndicales majoritaires, ayant obtenu plus de 50% des suffrages au premier tour des dernières élections professionnelles.

Cette possibilité de réduction est parfois utile — dans les entreprises qui traversent des transformations rapides et souhaitent adapter plus fréquemment la composition du CSE à leur réalité. Mais elle doit rester un choix concerté — pas un outil imposé par l'employeur pour se débarrasser d'élus gênants.

L'ancienne règle des trois mandats — pourquoi elle existait

Depuis la création du CSE en 2017, une règle s'imposait dans les entreprises de cinquante salariés et plus : un élu ne pouvait exercer que trois mandats successifs. Cette limite, inscrite à l'article L.2314-33 du Code du travail, visait à garantir le renouvellement démocratique des instances représentatives. eklesio

L'idée était louable — éviter que les mêmes élus monopolisent les sièges pendant des décennies, favoriser l'émergence de nouveaux candidats, dynamiser le dialogue social. Mais dans la pratique, la règle a produit des effets pervers que personne n'avait anticipés.

Dans de nombreuses entreprises — notamment les TPE et PME de 50 à 300 salariés — trouver des candidats aux élections CSE est devenu un défi quotidien. Obliger des élus expérimentés et motivés à se retirer, faute de candidats pour les remplacer, a parfois conduit à des élections sans candidats — et donc à des CSE non constitués, privant les salariés de toute représentation.

Dans l'ANI du 14 novembre 2024 relatif à l'évolution du dialogue social, les partenaires sociaux ont demandé la suppression de cette règle. Le législateur les a suivis. Edenred

Ce que la loi du 24 octobre 2025 change concrètement

Un membre du CSE peut désormais être réélu sans restriction sur le nombre de ses mandats, contrairement à la précédente limite de trois mandats consécutifs. SolutionsCSE

La suppression de la limite était applicable dès le 26 octobre 2025. Formoz

Aucun effet rétroactif n'est à prévoir : les mandats en cours ne sont pas modifiés par la loi, et une élection déjà organisée sous l'ancien régime reste valable. En revanche, toutes les nouvelles élections CSE organisées après la promulgation doivent respecter la nouvelle réglementation. SolutionsCSE

Ce que ça signifie concrètement :

Un élu qui avait déjà effectué deux mandats avant octobre 2025 peut désormais se représenter — sans que ce troisième mandat soit le dernier. Un élu qui avait atteint sa troisième et dernière mandature sous l'ancien régime peut se représenter aux prochaines élections. La limite n'existe plus.

Il n'y aura donc plus aucune base légale pour instaurer une limite de mandats, même via un accord collectif. C'est un point important : même si un employeur ou des syndicats souhaitaient maintenir une limitation contractuelle, ils ne pourraient plus le faire. SolutionsCSE

Ce que la suppression change pour les élus expérimentés

La suppression de la limite des trois mandats est une bonne nouvelle pour les élus qui ont investi des années dans leur mandat — et qui disposent d'une connaissance approfondie de l'entreprise, de ses enjeux économiques, de ses risques professionnels, et de ses acteurs.

Un élu CSE expérimenté est un élu qui sait lire un bilan, qui connaît les jurisprudences récentes en matière de SSCT, qui a développé des relations de confiance avec les salariés, et qui sait négocier avec la direction. Cette expertise ne s'acquiert pas en quelques mois — elle se construit mandat après mandat.

Maintenir un élu aussi expérimenté dans ses fonctions est une richesse pour les salariés qu'il représente. La loi du 24 octobre 2025 en prend acte.

Ce que la suppression ne change pas — les vigilances à maintenir

La suppression de la limite des mandats ne signifie pas que tout élu en place doit rester indéfiniment. Elle signifie que les salariés — et non le législateur — décident du renouvellement via les urnes.

La légitimité reste électorale

Un élu CSE, même très expérimenté, reste soumis au suffrage des salariés à chaque élection. S'il ne représente plus les intérêts des salariés de façon satisfaisante, ces derniers peuvent ne pas le réélire. La suppression de la limite des mandats ne protège personne contre la sanction des urnes.

Le renouvellement reste une nécessité organisationnelle

Les CSE qui comptent des élus expérimentés ont intérêt à investir dans la formation des élus plus récents — pour préparer la transmission du savoir et éviter que l'expertise soit concentrée sur une seule personne. Un CSE solide est un CSE où tous les membres sont formés — pas seulement les plus anciens.

Les mandats successifs génèrent des droits spécifiques

Un élu qui cumule plusieurs mandats successifs bénéficie de protections renforcées contre le licenciement. La jurisprudence est attentive aux tentatives des employeurs de se débarrasser d'élus gênants en cours de mandat ou entre deux mandats. Ces protections sont renforcées — pas réduites — par la suppression de la limite.

Titulaire ou suppléant — les règles s'appliquent à tous

Les mandats de suppléants sont comptabilisés de la même manière que ceux des titulaires.

Sous l'ancien régime, un salarié qui avait effectué trois mandats comme suppléant était soumis à la même limite qu'un titulaire. Avec la suppression de la limite, cette distinction n'a plus d'objet — suppléants et titulaires peuvent se représenter sans limitation de durée.

Ce que les prochaines élections CSE doivent intégrer

Pour toute entreprise qui organise des élections CSE en 2026 ou après, la règle est claire : la limitation à trois mandats successifs ne s'applique plus. Le protocole d'accord préélectoral ne peut pas la réintroduire. La décision unilatérale de l'employeur ne peut pas la prévoir.

Si votre règlement intérieur du CSE ou vos documents internes mentionnent encore la limite de trois mandats — il faut les mettre à jour. Les fascicules ou intranet RH qui listent les conditions d'éligibilité doivent retirer la mention de la limite de 3 mandats. SolutionsCSE

Ce que la formation apporte aux élus — quel que soit le nombre de mandats

Qu'un élu en soit à son premier mandat ou à son cinquième, la formation reste indispensable. Le droit du travail évolue — les jurisprudences se renouvellent, les réglementations changent, les risques professionnels se transforment. Un élu expérimenté qui ne se forme pas régulièrement travaille avec des outils qui datent de son premier mandat.

La formation SSCT renouvellement est obligatoire à chaque nouveau mandat — quel que soit le nombre de mandats déjà effectués. La formation économique CSE permet à chaque élu de maintenir ses compétences d'analyse financière à jour. Ces formations sont intégralement financées par l'employeur — et ne s'imputent pas sur les heures de délégation.

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François Deplanque, Docteur en droit, Professeur de Droit du Travail au CNAM, formateur agréé, assure personnellement toutes les formations — sans sous-traitance.

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