Baillardran à Bordeaux : comment le CSE peut peser sur le choix du repreneur — et ce qui s'est finalement passé

Mis à jour le 13 août 2026

Le 22 avril 2026, le tribunal de commerce de Bordeaux plaçait la société Will Distribution — holding gérant la majorité des boutiques Baillardran — en redressement judiciaire. Près de 95 salariés directement impactés. Une vingtaine de boutiques en sursis. Une institution gastronomique bordelaise de 40 ans en péril.

ANEGADA Formation CSE — centre agréé Préfecture et DREETS, spécialisé dans la formation des élus du personnel — a suivi de près cette affaire depuis le début. François Deplanque, Docteur en droit, Professeur de Droit du Travail au CNAM, formateur agréé Préfecture et DREETS, fondateur d'ANEGADA Formation CSE, explique ce que le CSE pouvait faire — et ce qui s'est finalement passé le 8 juillet 2026.

Baillardran à Bordeaux : comment le CSE peut peser sur le choix du repreneur — et ce qui s'est finalement passé

Mise à jour — le tribunal a tranché le 8 juillet 2026

Après plusieurs semaines de procédure, l'audience du 1er juillet 2026 et une semaine de délibérations, le tribunal de commerce de Bordeaux a rendu sa décision dans la soirée du 8 juillet 2026.

Le repreneur retenu est le groupe Bricks — fintech montpelliéraine présidée par Cédric O'Neill, spécialisée dans le financement fractionné de projets immobiliers — associé à Christophe Sevin, PDG du réseau de coffee-shops Ki'Ski. La décision est entrée en vigueur le 9 juillet à minuit.

Le plan de reprise prévoit :

  • 11 points de vente conservés sur 14
  • 67 emplois repris sur 87 — soit 20 emplois supprimés
  • Un repositionnement premium de la marque Baillardran
  • Des ambitions affichées de relance et d'innovation

Le tribunal a retenu cette offre car elle était "la mieux-disante en termes de pérennité de l'activité et de garanties d'exécution, de sauvegarde de l'emploi et d'apurement du passif" — exactement les critères que le CSE doit défendre et documenter dans son avis.

Ce que beaucoup d'élus ignorent : le CSE a un rôle légal dans le choix du repreneur

En procédure collective — redressement judiciaire ou liquidation judiciaire avec cession — le Code de commerce prévoit explicitement un rôle du CSE dans l'examen des offres de reprise.

L'article L.642-5 du Code de commerce

Cet article dispose que le tribunal arrête le plan de cession après avoir entendu — notamment — le représentant des salariés. Le CSE fait partie des acteurs que le tribunal doit entendre avant de se prononcer.

Ce n'est pas une simple formalité. Le tribunal tient réellement compte de l'avis du CSE sur les aspects sociaux des offres. Un repreneur qui propose de maintenir 90 emplois sur 95 aura un avantage sur celui qui n'en maintient que 50 — si le CSE sait le documenter et le porter à la connaissance du tribunal.

La possibilité de rencontrer les candidats repreneurs

Le CSE peut demander à l'administrateur judiciaire d'organiser des rencontres avec les candidats à la reprise. Ce n'est pas un droit légal opposable — mais dans la pratique, les administrateurs judiciaires acceptent souvent ces rencontres. Ces échanges permettent aux élus d'interroger directement les candidats sur leurs projets sociaux, les emplois maintenus, et leurs garanties financières.

Comment évaluer un repreneur — la grille d'analyse du CSE

Critère 1 : le nombre d'emplois maintenus
Pas seulement à la date de reprise — mais aussi les perspectives à 1 an, 2 ans, et 3 ans. Dans l'affaire Baillardran, 67 emplois sur 87 ont été repris — soit 20 suppressions. Le CSE devait analyser si ce chiffre était crédible et pérenne.

Critère 2 : la solidité financière du repreneur
C'est le critère que les élus négligent le plus souvent — et pourtant le plus déterminant. Un repreneur aux fonds propres insuffisants risque une nouvelle procédure collective dans les mois suivant la reprise. Le CSE peut mandater un expert-comptable pour analyser la solidité financière de chaque candidat.

Critère 3 : le projet industriel et commercial
Baillardran avait été condamnée en janvier 2025 pour pratiques commerciales trompeuses — des cannelés vendus comme "frais" mais en réalité décongelés. Le repreneur devait avoir un projet crédible pour restaurer l'image de la marque. Le groupe Bricks a affiché des ambitions de repositionnement premium — c'est précisément ce critère qui a pesé dans la décision du tribunal.

Critère 4 : les garanties sociales offertes
Au-delà du nombre d'emplois maintenus — maintien des conventions collectives, respect des accords d'entreprise, ancienneté intégrale reprise. Un repreneur qui maintient les emplois mais dégrade le statut ne protège pas vraiment les salariés.

Critère 5 : l'expérience dans le secteur
Un repreneur qui connaît la restauration et la distribution alimentaire est mieux placé qu'un fonds d'investissement sans expérience sectorielle. L'association Bricks + Christophe Sevin — qui apporte l'expertise opérationnelle dans la restauration — répondait à ce critère.

Les questions à poser aux candidats repreneurs

Sur l'emploi :

  • Combien de postes seront maintenus à la date de reprise — et lesquels seront supprimés ?
  • Quelles sont vos prévisions d'effectifs à 12 et 24 mois ?
  • Comment gérez-vous les salariés dont le poste n'est pas repris ?

Sur les finances :

  • Quel est le montant de vos fonds propres dédiés à cette reprise ?
  • Votre plan de financement est-il entièrement bouclé ?
  • Avez-vous des références de reprises d'entreprises en difficulté ?

Sur le projet commercial :

  • Comment envisagez-vous de restaurer l'image de la marque ?
  • Prévoyez-vous de maintenir toutes les boutiques — ou d'en fermer certaines ?
  • Quel est votre projet pour le site de production ?

Sur les garanties sociales :

  • Vous engagez-vous à maintenir les conventions collectives en vigueur ?
  • Reprenez-vous les salariés avec leur ancienneté intégrale ?

L'avis motivé du CSE au tribunal — comment le rédiger pour peser

L'avis motivé du CSE au tribunal de commerce de Bordeaux doit être un document précis, argumenté et documenté. Il doit contenir :

  • Une analyse comparative des offres — emplois maintenus, solidité financière, projet commercial, garanties sociales
  • La position du CSE sur chaque offre — avec justification factuelle
  • Les garanties demandées au repreneur retenu — quel que soit le candidat choisi

Dans l'affaire Baillardran, le tribunal a retenu l'offre "la mieux-disante en termes de sauvegarde de l'emploi" — c'est exactement le vocabulaire que le CSE doit utiliser et documenter dans son avis.

Les pièges à éviter face aux repreneurs

Le piège des promesses non formalisées
Ce qui n'est pas écrit dans l'offre n'existe pas juridiquement. Le CSE doit exiger que toutes les promesses sociales soient formalisées par écrit.

Le piège du repreneur opportuniste
Certains repreneurs se manifestent pour acquérir des actifs à bas prix et les revendre rapidement. Le CSE doit vérifier le passé du repreneur.

Le piège de la reprise partielle
Dans l'affaire Baillardran, 3 boutiques sur 14 n'ont pas été reprises — et les salariés concernés ont perdu leur emploi. Le CSE doit examiner attentivement le périmètre exact de chaque offre.

Le piège des conditions suspensives
Une offre assortie de conditions suspensives irréalistes peut faire échouer la reprise après la décision du tribunal.

Ce que l'affaire Baillardran enseigne aux élus CSE bordelais

L'affaire Baillardran est une leçon concrète pour tous les élus CSE bordelais confrontés à une procédure collective :

Le tribunal prend en compte les aspects sociaux — l'offre retenue a été qualifiée de "mieux-disante en termes de sauvegarde de l'emploi". C'est exactement ce que le CSE doit documenter et défendre.

67 emplois sur 87 — c'est un résultat — certes 20 emplois ont été supprimés et 3 boutiques fermées. Mais sans procédure bien menée et sans avis motivé du CSE, le résultat aurait pu être bien pire.

Les 20 salariés non repris ont des droits — licenciement économique, indemnités garanties par l'AGS, priorité de réembauche. Le CSE doit s'assurer que ces droits sont respectés.

FAQ — Les questions fréquentes des élus CSE en procédure de reprise

Le CSE peut-il imposer le choix d'un repreneur au tribunal ?
Non — mais son avis motivé pèse réellement sur la décision, notamment sur les aspects sociaux.

Le CSE peut-il mandater un expert pour analyser les offres ?
Oui — aux frais de l'entreprise en redressement judiciaire, dans la limite de ce que le tribunal autorise.

Les salariés non repris ont-ils droit à des indemnités ?
Oui — ils sont licenciés pour motif économique et leurs indemnités sont garanties par l'AGS en cas d'insuffisance d'actif.

Que se passe-t-il si le repreneur ne respecte pas ses engagements ?
Les engagements formalisés dans le plan de cession sont opposables. Les salariés peuvent saisir le conseil de prud'hommes.

Ce que nous observons sur le terrain à Bordeaux

Chez ANEGADA Formation CSE, l'affaire Baillardran illustre un constat récurrent dans les procédures collectives bordelaises : les élus CSE ne savent pas qu'ils peuvent peser sur le choix du repreneur — et laissent passer une opportunité décisive de protéger les salariés.

La formation économique CSE permet aux élus bordelais de maîtriser leurs droits en procédure collective — et d'agir efficacement quand l'avenir de leur entreprise est en jeu.

ANEGADA Formation CSE — Bordeaux et Gironde

François Deplanque — Docteur en droit, Professeur de Droit du Travail au CNAM, formateur agréé Préfecture et DREETS — et l'équipe ANEGADA Formation CSE forment les élus CSE à Bordeaux et en Gironde depuis de nombreuses années.

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Nos principales formations :

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