22. mai 2026
François Deplanque — Fermeture du site Uccoar à Carcassonne : deux PSE en deux ans — ce que le CSE doit faire
Par François Deplanque — Professeur de Droit du Travail au CNAM, Formateur Agréé DREETS et Préfecture, Fondateur d'ANEGADA Formation CSE | LinkedIn
Le 11 mai 2026, lors de trois réunions CSE extraordinaires, les salariés du site d'embouteillage Uccoar de Carcassonne apprenaient la fermeture définitive de leur établissement au 1er novembre 2026. Plus de 40 salariés concernés. C'est le deuxième PSE en moins de deux ans — après celui d'octobre 2024 qui avait déjà supprimé près d'un tiers des 76 postes. Une fermeture progressive, méthodique, qui s'inscrit dans la réorganisation du groupe InVivo — et qui illustre parfaitement ce que le CSE peut faire face à une succession de PSE dans un groupe agro-alimentaire international.
Ce qui s'est passé chez Uccoar à Carcassonne
L'histoire du site Uccoar de Carcassonne est celle d'une fermeture annoncée en plusieurs étapes — et d'un CSE qui a dû gérer deux chocs successifs en moins de deux ans.
Octobre 2024 — le premier PSE Le groupe InVivo — propriétaire de l'Uccoar depuis 2020 — annonce un premier Plan de Sauvegarde de l'Emploi. Près d'un tiers des 76 postes sont supprimés. Pour survivre, le site se spécialise sur le segment du sans-alcool — produisant notamment la marque Bonne Nouvelle, alors portée par Cordier by InVivo.
2025 — une illusion de stabilité Le site produit environ 6 millions de cols en 2025 sur le segment sans-alcool. Les salariés restants pensaient avoir traversé la tempête. La réorganisation semblait avoir trouvé son équilibre.
Début 2026 — la vente de Cordier change tout InVivo vend Cordier à AdVini. La marque Bonne Nouvelle — raison d'être du site depuis sa spécialisation — passe sous le contrôle de Vinadeis — l'ex-Cordier rebaptisé. Le site Uccoar perd sa principale activité. Sa disparition devient inévitable.
11 mai 2026 — la confirmation Trois réunions CSE extraordinaires. La fermeture définitive est annoncée pour le 1er novembre 2026. Plus de 40 salariés se retrouvent sans avenir sur ce site — dans un bassin d'emploi audois déjà fragilisé.
Ce que deux PSE successifs révèlent sur le rôle du CSE
La succession de deux PSE en moins de deux ans est un signal que le CSE aurait dû anticiper dès le premier plan. C'est la leçon centrale de cette affaire.
Le premier PSE était-il vraiment une solution ?
En octobre 2024, le premier PSE présentait la spécialisation dans le sans-alcool comme une voie de survie pour le site. Le CSE aurait dû poser immédiatement les questions que la suite a rendues douloureusement pertinentes :
- La spécialisation dans le sans-alcool repose-t-elle sur une activité pérenne ou sur une marque appartenant à une autre entité du groupe ?
- Si Cordier est vendu — ce qui était possible dans le contexte de restructuration d'InVivo — que devient l'activité du site ?
- Le groupe InVivo a-t-il un engagement formel sur le maintien du site au-delà de la période de spécialisation ?
Un CSE formé à la lecture des comptes et de la BDESE aurait pu détecter la fragilité de ce modèle — et exiger des garanties formelles avant d'accepter le premier PSE.
Le deuxième PSE était-il évitable ?
La vente de Cordier à AdVini a privé le site Uccoar de sa principale activité. Si le CSE avait obtenu lors du premier PSE un engagement formel sur le maintien de l'activité sans-alcool — indépendamment des décisions de cession du groupe — le deuxième PSE aurait peut-être pu être évité ou retardé.
Les droits du CSE face à deux PSE successifs
Le droit à l'information sur les projets de cession
La vente de Cordier à AdVini est une décision stratégique majeure qui a directement conduit à la fermeture du site. Le CSE aurait dû être informé et consulté sur ce projet de cession — bien avant que la décision ne soit finalisée. En application de l'article L.2312-8 du Code du travail, toute décision susceptible d'affecter l'emploi doit faire l'objet d'une information-consultation du CSE.
Le droit de recourir à un expert-comptable
Dans le cadre du deuxième PSE, le CSE peut mandater un expert-comptable pour analyser la situation économique réelle du site — et vérifier si la fermeture est vraiment inévitable ou si des alternatives existent. Le groupe InVivo — un des premiers groupes coopératifs agricoles français avec plusieurs milliards de chiffre d'affaires — a les moyens financiers d'envisager des alternatives à la fermeture pure et simple.
Le droit de contester le PSE
Si le CSE estime que le PSE est insuffisant — mesures de reclassement inadéquates, alternatives à la fermeture non explorées — il peut saisir le tribunal judiciaire pour faire invalider le plan ou obtenir des améliorations. Dans un groupe de la taille d'InVivo, les mesures d'accompagnement doivent être à la hauteur des moyens du groupe.
Le droit à la revitalisation du bassin d'emploi
InVivo — en tant que groupe de plus de 1 000 salariés — a l'obligation légale de contribuer à la revitalisation du bassin d'emploi de Carcassonne. Cette obligation doit se traduire par des actions concrètes de développement économique local — et le CSE doit s'assurer qu'elle est respectée et que les fonds sont utilisés efficacement.
Ce que le CSE doit négocier dans le deuxième PSE
Des mesures de reclassement interne ambitieuses
Le groupe InVivo est présent dans de nombreux secteurs — agriculture, négoce de céréales, viticulture, distribution. Des opportunités de reclassement interne existent nécessairement — même si elles peuvent impliquer une mobilité géographique. Le CSE doit exiger que toutes les offres disponibles soient proposées aux salariés de Carcassonne — avec un accompagnement individualisé.
Des indemnités supra-légales significatives
Dans un groupe financièrement solide comme InVivo, les indemnités de licenciement doivent aller bien au-delà du minimum légal. Le CSE doit utiliser les données financières du groupe — accessibles via la BDESE — pour démontrer les capacités financières d'InVivo et négocier des indemnités à la hauteur.
Un accompagnement renforcé pour les salariés les plus fragiles
Parmi les 40 salariés concernés, certains ont une ancienneté importante et des profils difficiles à reclasser — notamment dans un bassin d'emploi audois déjà fragilisé. Le CSE doit exiger un accompagnement individualisé renforcé pour ces salariés — cellule de reclassement prolongée, formation professionnelle adaptée, aide à la création d'entreprise.
Des garanties sur la revitalisation territoriale
Le bassin de Carcassonne — déjà touché par plusieurs fermetures d'établissements ces dernières années — a besoin d'actions concrètes de revitalisation. Le CSE doit négocier avec InVivo des engagements précis sur les actions de développement économique local — en lien avec la Région Occitanie et les collectivités territoriales.
Le rôle des CSE extraordinaires — une procédure que les élus doivent maîtriser
La fermeture a été annoncée lors de trois réunions CSE extraordinaires — dont une dédiée spécifiquement au nouveau PSE. C'est le bon usage de cette procédure — mais le CSE doit savoir exactement ce qu'implique une réunion extraordinaire dans ce contexte.
Les délais de consultation
Le CSE dispose de délais légaux pour rendre son avis sur le PSE — et ces délais ne courent qu'à compter de la transmission complète de toutes les informations requises. Les élus ne doivent pas se laisser presser par l'employeur — et doivent vérifier que toutes les informations légalement dues leur ont bien été communiquées avant que les délais ne commencent à courir.
Le droit à l'assistance d'un expert
Dès la première réunion extraordinaire, le CSE peut décider de mandater un expert-comptable. Cette décision doit être prise rapidement — car l'expert a besoin de temps pour analyser les documents financiers et produire son rapport avant la fin du délai de consultation.
La valeur juridique des procès-verbaux
Chaque réunion extraordinaire doit faire l'objet d'un procès-verbal précis — avec les questions posées par les élus, les réponses de la direction, et les engagements pris. Ces procès-verbaux sont des preuves essentielles en cas de contentieux sur le PSE.
Ce que cette affaire enseigne aux élus CSE de l'Aude
Un premier PSE n'est jamais une garantie
C'est la leçon la plus douloureuse de l'affaire Uccoar. Le premier PSE d'octobre 2024 — présenté comme une solution de survie — n'était en réalité qu'une étape vers la fermeture. Un CSE formé à la lecture des comptes et à l'analyse stratégique des groupes aurait pu détecter cette fragilité dès le départ.
La dépendance à une marque est un risque
Le site Uccoar était devenu totalement dépendant de la marque Bonne Nouvelle — appartenant à une autre entité du groupe. La vente de cette entité a immédiatement condamné le site. Les élus CSE doivent identifier ces dépendances stratégiques et exiger des garanties de pérennité lors des consultations économiques.
La BDESE révèle les intentions du groupe
Une analyse approfondie de la BDESE d'InVivo — projections sur trois ans, orientations stratégiques, investissements prévus — aurait pu révéler que le site de Carcassonne n'était pas dans les plans d'investissement du groupe. Un CSE formé à la lecture de la BDESE peut détecter ces signaux avant qu'ils ne se concrétisent en PSE.
FAQ — Les questions fréquentes des élus CSE face à une fermeture de site dans l'Aude
Le CSE peut-il s'opposer à la fermeture définitive du site ?
Non — le CSE ne peut pas interdire une fermeture de site. Mais il peut contester le PSE devant le tribunal judiciaire si les motifs économiques sont insuffisamment établis ou si les mesures d'accompagnement sont inadéquates. Il peut également exiger que toutes les alternatives à la fermeture aient été sérieusement explorées — cession du site à un repreneur, maintien d'une activité partielle, reconversion.
Deux PSE successifs sont-ils légalement possibles ?
Oui — deux PSE successifs sont légalement possibles. Mais le CSE peut contester le deuxième PSE si l'employeur n'a pas respecté les engagements pris lors du premier — notamment les garanties d'emploi ou les mesures de reclassement prévues. Les procès-verbaux du premier PSE sont des preuves essentielles dans cette contestation.
InVivo est-il obligé de chercher un repreneur pour le site ?
Dans les entreprises de 1 000 salariés et plus — ce qui est le cas d'InVivo — l'employeur qui envisage de fermer un établissement doit rechercher activement un repreneur et informer le CSE des démarches effectuées. Le CSE peut contester devant le tribunal judiciaire si cette obligation de recherche de repreneur n'a pas été respectée.
Les salariés de Carcassonne peuvent-ils prétendre à des aides spécifiques ?
Oui — dans un bassin d'emploi fragilisé comme celui de Carcassonne, des dispositifs spécifiques peuvent être mobilisés — contrat de sécurisation professionnelle, congé de reclassement, aide au retour à l'emploi renforcée. Le CSE doit s'assurer que tous ces dispositifs sont proposés aux salariés concernés — et que le PSE prévoit les modalités d'accès à chacun d'eux.
Comment le CSE peut-il accéder aux informations financières d'InVivo ?
Via la BDESE — qui doit contenir toutes les données financières pertinentes sur le groupe. Si des données sont manquantes, le CSE peut exiger leur communication. L'expert-comptable mandaté peut également demander l'accès aux comptes consolidés du groupe — pour vérifier si la fermeture du site est vraiment économiquement inévitable au regard de la santé financière globale d'InVivo.
Le CSE peut-il obtenir des garanties sur la revitalisation du bassin d'emploi de Carcassonne ?
Oui — InVivo a l'obligation légale de contribuer à la revitalisation du bassin d'emploi. Le CSE doit négocier le montant et les modalités de cette contribution — en impliquant les collectivités locales et la Région Occitanie. Des engagements précis — avec des délais et des indicateurs de résultats — doivent être formalisés dans un accord de revitalisation territoriale.
Pourquoi former les élus CSE à Carcassonne et dans l'Aude
Un CSE non formé subit les PSE successifs sans pouvoir anticiper ni peser sur leur contenu. La formation économique CSE et la formation SSCT dispensées par ANEGADA à Carcassonne permettent aux élus de :
- Lire et analyser les comptes d'un groupe agro-alimentaire international
- Détecter les fragilités stratégiques dès le premier PSE
- Utiliser l'expertise comptable pour contester les motifs économiques
- Négocier des mesures d'accompagnement à la hauteur des moyens du groupe
- Protéger les salariés — y compris dans les bassins d'emploi les plus fragilisés
ANEGADA forme les élus CSE à Carcassonne et dans l'Aude
ANEGADA est un centre agréé Préfecture qui intervient directement à Carcassonne et dans l'Aude pour former les élus CSE — en présentiel ou à distance.
Centre agréé Préfecture – DREETS Occitanie | Formateurs juristes spécialisés en droit social | Programme adapté aux secteurs audois | Présentiel ou distanciel | Devis gratuit sous 48h
Nos formations pour les CSE carcassonnais :
- Formation économique CSE
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- Formation référent harcèlement
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