20. mai 2026
François Deplanque — Grève chez Cémoi à Perpignan: quand les profits ne profitent pas aux salariés — le rôle du CSE
Par François Deplanque — Professeur de Droit du Travail au CNAM, Formateur Agréé DREETS et Préfecture, Fondateur d'ANEGADA Formation CSE | LinkedIn
Le 7 avril 2026, les salariés du siège et de l'usine Cémoi de Perpignan entamaient une grève reconductible à l'appel de l'ensemble des syndicats. Le chocolatier perpignanais — numéro un du chocolat français, plus de 450 salariés dans les Pyrénées-Orientales — affichait des bénéfices records. Et pourtant, les salariés se retrouvaient avec 1 500 euros de moins dans la poche qu'un an plus tôt. Ce paradoxe — profits records, salaires en baisse relative — est exactement la situation pour laquelle le CSE dispose d'outils juridiques puissants. Encore faut-il que les élus les maîtrisent.
Ce qui se passe chez Cémoi à Perpignan
Les chiffres parlent d'eux-mêmes. Sur 920 millions d'euros de chiffre d'affaires, Cémoi a dégagé 192 millions d'euros de bénéfices EBITDA en 2025 — une hausse de près de 35% par rapport à 2024. Le groupe, racheté par le géant belge Sweet Products en 2021, affiche des résultats que ses propres représentants syndicaux qualifient d'exceptionnels.
Face à ces résultats, la direction a proposé dans le cadre des Négociations Annuelles Obligatoires une augmentation de 1,3% pour les non-cadres — soit 23 euros brut par mois sur un salaire de 2 000 euros, environ 17 euros net. Selon le représentant UNSA Olivier Romero, en cumulant les NAO et les primes — notamment la perte de l'ex-prime "Macron" — chaque salarié se retrouve avec 1 500 euros de moins qu'en 2024. Et 70% des cadres n'auraient aucune augmentation cette année.
Sur l'usine, l'automatisation a réduit massivement les contrats courts — robots, palettiseurs, tout a été automatisé. Les permanents se voient attribuer plusieurs fonctions autrefois exercées par des intérimaires, sans augmentation en conséquence. Sur le siège, une centaine de postes ont été perdus depuis le rachat de 2021.
La direction a répondu par communiqué — évoquant l'intéressement qui pourrait atteindre trois mois de salaire pour 2025, la revalorisation du panier repas et des budgets CSE, pour un total qui ferait selon elle une revalorisation de 2% — supérieure à l'inflation. Elle rappelle également son plan d'investissement de 40 millions d'euros sur trois ans, dont 15 millions destinés à l'usine de Torremilia à Perpignan.
Le rôle central du CSE dans les NAO
C'est le premier outil que les élus CSE de Cémoi doivent maîtriser — et que beaucoup d'élus perpignanais méconnaissent. Les Négociations Annuelles Obligatoires ne sont pas une affaire de syndicats uniquement. Le CSE a un rôle direct dans la préparation et le suivi des NAO.
Le droit à l'information économique
Avant l'ouverture des NAO, l'employeur doit mettre à disposition du CSE une information complète sur la situation économique et financière de l'entreprise — via la BDESE. Dans le cas Cémoi, la BDESE doit mentionner les résultats financiers du groupe, les bénéfices dégagés, la masse salariale, et les perspectives pour l'année à venir.
Un CSE formé à la lecture des comptes peut utiliser ces données pour démontrer que les augmentations proposées ne sont pas à la hauteur des résultats — et appuyer les revendications syndicales avec des arguments chiffrés et incontestables.
Le droit de recourir à un expert-comptable
Dans les entreprises d'au moins 50 salariés, le CSE peut mandater un expert-comptable pour analyser les comptes de l'entreprise avant les consultations économiques obligatoires. Cet expert — dont le coût est pris en charge par l'employeur — peut décortiquer les 192 millions d'euros de bénéfices EBITDA, analyser la politique de redistribution du groupe belge Sweet Products, et produire un rapport qui renforce considérablement la position des salariés dans les négociations.
La consultation sur la politique sociale
L'employeur a l'obligation de consulter le CSE chaque année sur la politique sociale de l'entreprise — évolution des rémunérations, conditions de travail, formation professionnelle. Dans une entreprise qui automatise massivement ses lignes de production et attribue aux permanents des fonctions supplémentaires sans augmentation correspondante — comme c'est le cas à Cémoi Perpignan — le CSE peut exiger que cette réorganisation du travail soit formellement documentée et compensée.
La BDESE — l'arme que le CSE n'utilise pas assez
Dans l'affaire Cémoi, le paradoxe est flagrant : des bénéfices en hausse de 35% et des augmentations de salaire inférieures à l'inflation. C'est exactement le type de contradiction que la BDESE permet de mettre en évidence — et que le CSE peut utiliser comme argument dans les négociations.
La Base de Données Économiques, Sociales et Environnementales doit contenir — pour les entreprises d'au moins 300 salariés comme Cémoi — des données précises sur les résultats financiers, la masse salariale, la politique de rémunération, les investissements, et les perspectives sur trois ans. Un élu formé à la lecture de la BDESE peut :
- Comparer l'évolution des bénéfices et celle des salaires sur plusieurs années
- Identifier les transferts de valeur entre Cémoi et sa maison mère belge Sweet Products
- Démontrer que la politique salariale proposée ne reflète pas les capacités financières réelles du groupe
- Produire des contre-propositions chiffrées et argumentées
Le rachat par un groupe étranger — les obligations spécifiques du CSE
Cémoi a été rachetée par Sweet Products en 2021. Cette situation impose des obligations spécifiques au CSE — que beaucoup d'élus perpignanais ignorent.
Le droit d'alerte économique
Quand le CSE constate que les orientations économiques prises par la maison mère étrangère — suppressions de postes, restructurations, politique salariale — sont susceptibles de compromettre la situation économique de l'entreprise française, il peut déclencher un droit d'alerte économique. Ce droit impose à la direction de fournir des explications précises et de proposer des mesures correctrices.
L'accès aux informations du groupe
Dans les entreprises appartenant à un groupe, le CSE a droit à des informations sur la situation économique de l'ensemble du groupe — pas seulement de l'entité française. Pour les élus Cémoi, cela signifie avoir accès aux données de Sweet Products — chiffre d'affaires consolidé, bénéfices du groupe, politique de dividendes — pour comprendre comment les richesses produites à Perpignan sont redistribuées au niveau du groupe belge.
Le droit de consultation sur les orientations stratégiques
Toute décision stratégique importante — fermeture de lignes de production, externalisation, réorganisation — doit faire l'objet d'une consultation du CSE. Depuis le rachat de 2021, Cémoi Perpignan a perdu une centaine de postes et automatisé massivement son usine. Chacune de ces décisions aurait dû faire l'objet d'une consultation formelle du CSE — avec information préalable et délai suffisant pour rendre un avis éclairé.
La revalorisation du budget CSE — une concession à ne pas surestimer
Dans son communiqué, la direction de Cémoi mentionne la revalorisation des budgets CSE comme un élément de la politique sociale globale. C'est un point important que les élus doivent analyser avec précision.
La revalorisation du budget CSE est une bonne chose — elle permet de proposer de meilleures activités sociales et culturelles aux salariés. Mais elle ne se substitue pas à une revalorisation des salaires. Les élus doivent veiller à ce que la revalorisation du budget CSE ne soit pas présentée comme un substitut aux augmentations de rémunération — ce sont deux choses totalement distinctes.
Par ailleurs, les budgets CSE sont calculés en pourcentage de la masse salariale brute. Si la masse salariale augmente — même légèrement — le budget CSE augmente mécaniquement. La revalorisation mentionnée par la direction peut donc être en partie automatique, et non le fruit d'une décision généreuse.
Ce que les élus CSE de Cémoi peuvent faire maintenant
Exiger la communication complète de la BDESE Les élus CSE ont le droit d'accéder à la BDESE à tout moment — pas seulement lors des consultations obligatoires. Dans le contexte de la grève d'avril 2026, l'accès immédiat aux données financières du groupe est indispensable pour appuyer les revendications salariales avec des arguments chiffrés.
Mandater un expert-comptable Face à 192 millions d'euros de bénéfices EBITDA et des augmentations de 1,3%, le recours à un expert-comptable s'impose. Cet expert analysera la politique de redistribution du groupe, les flux financiers entre Cémoi et Sweet Products, et produira un rapport qui renforce la position des salariés dans les négociations.
Déclencher un droit d'alerte économique si nécessaire Si les informations disponibles laissent penser que la politique salariale de Sweet Products compromet la situation économique de l'entité française à long terme — par exemple en réduisant les investissements dans les outils de production ou en surexploitant les salariés restants — le CSE peut déclencher un droit d'alerte économique.
Documenter la charge de travail supplémentaire dans le DUERP L'automatisation qui a conduit les permanents à exercer des fonctions supplémentaires sans augmentation correspondante est un risque professionnel réel — surcharge de travail, stress, troubles musculo-squelettiques. Le CSE doit exiger que le DUERP soit mis à jour pour intégrer ces risques — et que des mesures de prévention concrètes soient mises en place.
Consigner tout dans les procès-verbaux Chaque réunion, chaque demande restée sans réponse, chaque refus de la direction — tout doit être consigné précisément dans les procès-verbaux du CSE. Ces documents constituent la mémoire institutionnelle du CSE — et des preuves essentielles en cas de contentieux ultérieur.
FAQ — Les questions fréquentes des élus CSE sur les NAO et les conflits salariaux
Le CSE peut-il imposer une augmentation de salaire à l'employeur ?
Non — le CSE n'a pas le pouvoir d'imposer des augmentations de salaire. C'est une prérogative de l'employeur — sous réserve de respecter les minima légaux et conventionnels. En revanche, le CSE peut rendre un avis négatif sur la politique salariale, mandater un expert-comptable pour démontrer les capacités financières du groupe, et appuyer les revendications syndicales avec des arguments chiffrés. C'est un levier de pression indirect mais puissant.
L'employeur est-il obligé de suivre l'avis du CSE sur la politique salariale ?
Non — l'avis du CSE est consultatif. L'employeur n'est pas juridiquement tenu de le suivre. Mais un avis négatif motivé du CSE — accompagné d'un rapport d'expertise comptable démontrant les capacités financières du groupe — crée une pression morale et médiatique considérable. Dans un contexte de grève comme chez Cémoi, cet avis peut renforcer la position des grévistes.
Le budget CSE peut-il être utilisé pour soutenir les grévistes ?
Non — le budget de fonctionnement du CSE et le budget des ASC ne peuvent pas financer le mouvement de grève. En revanche, le CSE peut utiliser ses ressources pour informer les salariés de leurs droits, organiser des réunions d'information, et financer des expertises qui appuient les revendications collectives.
Comment le CSE peut-il accéder aux données financières de Sweet Products — la maison mère belge ?
Le CSE peut demander à l'employeur de lui communiquer les données consolidées du groupe dans le cadre de la consultation sur la situation économique et financière. Si l'employeur refuse ou fournit des informations insuffisantes, le CSE peut saisir le tribunal judiciaire pour obtenir la communication des documents — et déclencher un droit d'alerte économique.
Que peut faire le CSE face à l'automatisation qui surcharge les permanents ?
Le CSE peut exiger la mise à jour du DUERP pour intégrer les risques liés à la surcharge de travail. Il peut également déclencher un droit d'alerte pour atteinte aux droits des personnes si la surcharge de travail provoque une dégradation de la santé des salariés. Et il peut exiger que toute modification substantielle des tâches et des fonctions fasse l'objet d'une consultation formelle — avec les adaptations de rémunération correspondantes.
Le CSE peut-il demander des comptes sur l'utilisation des 192 millions d'euros de bénéfices ?
Oui — dans le cadre de la consultation annuelle sur la situation économique et financière, le CSE peut interroger l'employeur sur l'utilisation des bénéfices — dividendes versés à la maison mère, investissements prévus, politique de réserves. L'expert-comptable mandaté par le CSE peut produire une analyse détaillée de ces flux financiers.
Pourquoi former les élus CSE à Perpignan face aux groupes internationaux
Un CSE non formé ne sait pas lire les comptes d'un groupe international — et laisse passer des opportunités juridiques importantes dans les négociations salariales. La formation économique CSE et la formation SSCT dispensées par ANEGADA à Perpignan permettent aux élus de :
- Maîtriser la lecture des comptes et de la BDESE
- Utiliser l'expertise comptable comme outil de négociation
- Détecter les transferts de valeur entre entités d'un groupe international
- Documenter la surcharge de travail dans le DUERP
- Exercer leur mandat avec confiance face à une direction internationale
ANEGADA forme les élus CSE à Perpignan et dans les Pyrénées-Orientales
ANEGADA est un centre agréé Préfecture qui intervient directement à Perpignan et dans les Pyrénées-Orientales pour former les élus CSE — en présentiel ou à distance.
Centre agréé Préfecture – DREETS Occitanie | Formateurs juristes spécialisés en droit social | Programme adapté aux secteurs des Pyrénées-Orientales | Présentiel ou distanciel | Devis gratuit sous 48h
Nos formations pour les CSE perpignanais :
- Formation économique CSE
- Formation SSCT initiale (5 jours)
- Formation SSCT renouvellement (3 jours)
- Formation référent harcèlement
- Formation représentant de proximité
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