11. mai 2026
François Deplanque — Hantavirus en France : ce que le CSE doit faire maintenant
Par François Deplanque — Professeur de Droit du Travail au CNAM, Formateur Agréé DREETS et Préfecture, Fondateur d'ANEGADA Formation CSE | LinkedIn
Ce lundi 11 mai 2026, la ministre de la Santé Stéphanie Rist a annoncé le premier cas positif d'hantavirus déclaré en France — avec 22 cas contacts identifiés. L'alerte était dans l'air depuis le 3 mai, quand l'OMS signalait un foyer sur le paquebot MV Hondius dans l'Atlantique, causant trois décès. Le hantavirus est désormais sur le sol français. Pour les élus CSE des secteurs exposés — agriculture, BTP, logistique, entrepôts, espaces verts — la question n'est plus théorique. Voici ce que le CSE doit faire maintenant.
Qu'est-ce que l'hantavirus et pourquoi c'est un risque professionnel ?
L'hantavirus est un virus transmis principalement par les rongeurs sauvages — rats, campagnols, mulots. La contamination humaine se produit le plus souvent par inhalation de poussières contaminées par les urines, selles ou salive de rongeurs infectés — notamment dans des lieux fermés peu ventilés : caves, greniers, cabanes, bâtiments agricoles, entrepôts, chantiers.
Les personnes les plus exposées professionnellement sont celles qui travaillent dans les champs ou dans les forêts, en manipulant du bois, en nettoyant des locaux poussiéreux. Ce sont précisément des travailleurs que les CSE représentent au quotidien — agriculteurs, ouvriers du BTP, agents d'entretien, magasiniers, agents des espaces verts.
Les symptômes initiaux ressemblent à une grippe — fièvre, maux de tête, douleurs musculaires — mais peuvent évoluer vers des syndromes respiratoires aigus sévères. Aucun traitement spécifique ni vaccin n'est disponible à ce jour. La prévention est donc la seule arme disponible — et c'est précisément le terrain d'action du CSE.
Quels secteurs professionnels sont concernés en France ?
Le hantavirus n'est pas un risque uniforme — il touche prioritairement certains secteurs professionnels que les élus CSE doivent identifier immédiatement dans leur entreprise :
Agriculture et viticulture Les agriculteurs, viticulteurs, arboriculteurs — qui travaillent dans des granges, des caves, des serres ou des entrepôts de stockage — sont directement exposés. Les rongeurs sont présents dans tous ces environnements et leurs déjections contaminées peuvent s'accumuler dans des espaces peu ventilés.
BTP et travaux publics Les ouvriers qui interviennent dans des bâtiments anciens, des caves, des combles, des tranchées ou des zones de déblaiement sont exposés — particulièrement quand ils déplacent des matériaux susceptibles d'avoir été contaminés par des rongeurs.
Logistique et entrepôts Les magasiniers, préparateurs de commandes et agents logistiques qui travaillent dans des entrepôts — où la présence de rongeurs est fréquente malgré les mesures de dératisation — sont également concernés.
Espaces verts et collectivités territoriales Les agents des espaces verts, les agents des services techniques des collectivités, les égoutiers — qui travaillent dans des environnements naturels ou souterrains — sont exposés au contact avec des rongeurs infectés.
Secteur médico-social Les professionnels de santé peuvent être exposés dans le cadre de la prise en charge de patients infectés — selon les dernières données de l'OMS sur la transmission interhumaine du virus des Andes.
Ce que le CSE doit faire immédiatement
Face à une alerte sanitaire de cette nature, le CSE a des obligations légales et des outils d'action précis. Voici les actions à mener sans délai.
Action 1 : évaluer l'exposition des salariés au risque hantavirus
La première mission du CSE est d'identifier si des salariés de l'entreprise sont exposés au risque hantavirus — en fonction de leur poste de travail et de leur environnement. Cette évaluation doit être menée en concertation avec l'employeur et le médecin du travail.
Les questions à poser immédiatement :
- Des salariés travaillent-ils dans des locaux susceptibles d'être fréquentés par des rongeurs ?
- Des interventions sont-elles prévues dans des espaces confinés — caves, greniers, combles, entrepôts ?
- Le DUERP mentionne-t-il le risque biologique lié aux rongeurs ?
Action 2 : exiger la mise à jour du DUERP
Le Document Unique d'Évaluation des Risques Professionnels doit être mis à jour immédiatement pour intégrer le risque hantavirus dans les secteurs exposés. C'est une obligation légale de l'employeur — et le CSE peut l'y contraindre.
Un DUERP qui ne mentionne pas le risque hantavirus dans une entreprise agricole, logistique ou de BTP est un DUERP incomplet — et un employeur qui ne l'a pas mis à jour en période d'alerte sanitaire engage sa responsabilité.
Action 3 : déclencher un droit d'alerte si nécessaire
Si des salariés sont exposés à un risque hantavirus sans que l'employeur ait pris les mesures nécessaires — absence d'EPI, locaux non dépistés, absence de protocole de nettoyage — le CSE peut déclencher un droit d'alerte pour danger grave et imminent au sens de l'article L.4131-1 du Code du travail.
Ce droit d'alerte impose à l'employeur d'agir immédiatement — et d'ouvrir une enquête conjointe avec le CSE. Il doit être consigné par écrit dans le registre spécial — et au procès-verbal de la réunion CSE.
Action 4 : demander une réunion extraordinaire du CSE
Face à une alerte sanitaire nationale, le CSE peut demander une réunion extraordinaire pour traiter spécifiquement le risque hantavirus — avec l'employeur, le médecin du travail, et si nécessaire un représentant de la DREETS.
Cette réunion doit aboutir à un plan d'action concret — mesures de prévention, équipements de protection, protocoles de nettoyage, information des salariés.
Action 5 : informer et sensibiliser les salariés
Le CSE a un rôle d'information auprès des salariés — particulièrement en période d'alerte sanitaire. Les salariés exposés doivent être informés des risques, des symptômes à surveiller, et des mesures de prévention à respecter.
Les mesures de prévention que l'employeur doit mettre en place
La prévention du hantavirus repose sur des mesures simples mais indispensables que l'employeur doit mettre en place dans les secteurs exposés :
Mesures collectives :
- Dératisation régulière des locaux — caves, entrepôts, bâtiments agricoles
- Ventilation suffisante des espaces confinés avant toute intervention
- Humidification des surfaces avant nettoyage — pour éviter l'aérosolisation des poussières
- Stockage hermétique des denrées alimentaires et des matériaux susceptibles d'attirer les rongeurs
- Inspection régulière des locaux pour détecter la présence de rongeurs
Mesures individuelles :
- Port de gants imperméables lors des interventions dans les zones à risque
- Port d'un masque FFP2 lors du nettoyage de locaux susceptibles d'être contaminés
- Port de lunettes de protection lors de travaux générant des poussières
- Lavage des mains soigneux après toute intervention dans une zone à risque
- Interdiction de manger, boire ou fumer dans les zones exposées
Information des salariés :
- Affichage dans les locaux à risque des consignes de prévention
- Formation des salariés exposés aux risques et aux mesures de prévention
- Mise à disposition d'une fiche de poste intégrant le risque hantavirus
Le rôle du médecin du travail dans la prévention du hantavirus
Le médecin du travail est un acteur clé dans la prévention du hantavirus en milieu professionnel. Le CSE doit l'associer immédiatement à la démarche de prévention — pour :
- Évaluer l'exposition des salariés au risque hantavirus
- Recommander des mesures de prévention adaptées aux postes de travail
- Assurer la surveillance médicale renforcée des salariés les plus exposés
- Former les salariés aux symptômes à surveiller et à la conduite à tenir en cas d'exposition
Ce que risque l'employeur qui n'agit pas
Un employeur qui ignore l'alerte hantavirus et n'adapte pas ses mesures de prévention s'expose à des risques juridiques considérables :
- Faute inexcusable — si un salarié contracte le hantavirus dans le cadre de son travail et que l'employeur ne peut pas démontrer qu'il a pris les mesures nécessaires
- Responsabilité pénale — mise en danger de la vie d'autrui, homicide ou blessures involontaires par manquement à une obligation de sécurité
- Condamnation civile — réparation intégrale du préjudice subi par le salarié et sa famille
- Mise en demeure de la DREETS — en cas de contrôle de l'Inspection du travail dans un secteur exposé
L'alerte de la ministre de la Santé du 11 mai 2026 est un signal que les tribunaux prendront en compte. Un employeur qui n'a pas agi après cette annonce officielle aura du mal à prétendre qu'il ignorait le risque.
FAQ — Les questions fréquentes des élus CSE sur le hantavirus
Le hantavirus est-il considéré comme un risque professionnel en France ?
Oui — le hantavirus entre dans la catégorie des agents biologiques au sens de la directive européenne 2000/54/CE et du Code du travail français. L'employeur a l'obligation d'évaluer ce risque dans le DUERP et de mettre en place des mesures de prévention adaptées dans les secteurs exposés.
Le CSE peut-il exiger des équipements de protection individuelle pour les salariés exposés ?
Oui — le CSE peut exiger que l'employeur fournisse des EPI adaptés — gants, masques FFP2, lunettes — aux salariés qui interviennent dans des zones à risque. Si l'employeur refuse, le CSE peut déclencher un droit d'alerte et saisir l'Inspection du travail.
Un salarié peut-il refuser de travailler dans une zone à risque hantavirus ?
Oui — tout salarié a le droit de se retirer d'une situation de travail dont il a un motif raisonnable de penser qu'elle présente un danger grave et imminent pour sa vie ou sa santé. Ce droit de retrait est prévu par l'article L.4131-1 du Code du travail. Le CSE doit informer les salariés de ce droit — et les soutenir s'ils l'exercent.
Le hantavirus doit-il être intégré dans le DUERP de toutes les entreprises ?
Non — uniquement dans les entreprises dont des salariés sont exposés au risque. Mais dans un contexte d'alerte nationale, les employeurs des secteurs exposés — agriculture, BTP, logistique, entrepôts, espaces verts — ont l'obligation de mettre à jour leur DUERP immédiatement pour intégrer ce risque.
Que faire si un salarié présente des symptômes après une exposition potentielle ?
Le salarié doit être orienté immédiatement vers le médecin du travail et vers un médecin généraliste — en mentionnant explicitement son exposition professionnelle potentielle au hantavirus. Le CSE doit s'assurer que l'employeur a bien déclaré l'exposition à la médecine du travail — et que la situation est consignée au procès-verbal.
Le hantavirus peut-il être reconnu comme maladie professionnelle ?
Oui — si le lien entre la contamination et les conditions de travail est établi, le hantavirus peut être reconnu comme maladie professionnelle par la CPAM. Cette reconnaissance ouvre droit à une indemnisation renforcée — et peut engager la faute inexcusable de l'employeur si le CSE avait préalablement alerté sur le risque.
Pourquoi la formation SSCT est indispensable face aux risques biologiques
Un élu CSE non formé ne sait pas comment réagir face à une alerte sanitaire de cette nature — il ne connaît pas les outils juridiques disponibles, ne sait pas comment mettre à jour le DUERP, et ne peut pas conduire une inspection terrain efficace. La formation SSCT dispensée par ANEGADA permet aux élus de :
- Identifier et évaluer les risques biologiques dans leur entreprise
- Utiliser les bons outils juridiques face à une alerte sanitaire
- Exiger la mise à jour du DUERP et des mesures de prévention adaptées
- Déclencher un droit d'alerte au bon moment et avec la bonne procédure
- Protéger les salariés exposés avec efficacité et confiance
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